• Johan (1976)

    1976
    France
    Réalisateur : Philippe Vallois
    Drame
    90 mn

    Distribution :

    Marie-Christine Weill (Christine), Patrice Pascal (Philippe #1, le dragueur de nuit / L'image du réalisateur), Philippe Vallois (Lui-meme), Laurent Laclos (Lui-meme), Georges Barber (Philippe #2 - le dragueur de jour / L'image du réalisateur), Jean-Lou Duc (Le sadique), Karl Forest (Le légionnaire), Pierre Commoy (Pierre), Manolo Rosales(Manolo), Alexandre Grecq (Yvan Schneider), Nicole Rondy (La mère de Philippe Vallois), Éric Guadagnan (Johan), Walter Manley (Walter), Jacques Léon (La Callas), Thierry Loret

    Synopsis :

    Philippe, jeune cinéaste amoureux de Johan, décide de faire un film autour de lui. Mais Johan est en prison le jour où commence le tournage. Philippe fera quand même le film. Il recherchera à travers d’autres le visage de Johan. Pour trouver ses éventuels interprètes, le cinéaste ira rencontrer des homosexuels dans divers lieux parisiens. Johan est le premier film de Philippe Vallois et le premier long-métrage homosexuel français. Portrait en creux du personnage Johan, le film est aussi un passionnant « reportage » sur la communauté gay parisienne d’il y a trente ans. C’est un chant d’amour à la fois sensuel et cérébral. Nous vous proposons la version intégrale 2006 en présence du réalisateur.

    HD Bonjour Philippe, racontes-nous comment est né Johan... ?

    Je viens de Bordeaux et, comme tout bon pédé provincial , j’ai débarqué à Paris en 1968 ( !), plein d’ambitions et surtout, celle de réussir dans le cinéma. J’avais eu le concours de l’Ecole Louis Lumière à Vaugirard, et j’en ai donc suivi les cours. J’ai eu la chance d’obtenir une bourse d’un organisme (le GREC), pour réaliser mon premier court-métrage, "Elisa répète", fait avec des copains de l’école et avec très peu de moyens. Ce court a été projeté à Avignon, lors du Festival. Là, j’ai rencontré Bernard Lefort, qui venait d’être nommé directeur de l’Opéra. Il est tombé amoureux fou de moi. Ensemble, nous avons beaucoup voyagé et j’ai rencontré grâce à lui des personnages remarquables. Mais je ne voulais pas être un gigolo, j’avais le désir de faire des choses. J’ai commencé à réaliser des portraits filmés de personnalités artistiques pour la Gaumont (notamment Marcel Jouhandeau, Hervé Bazin, Ionesco...). J’ai ensuite conçu avec une bande de potes un premier long-métrage intitulé "Les Phalènes", où trois filles enfermés dans un appartement voient entrer des personnes atypiques et font leur connaissance. Il y avait entre autres un superbe travesti, Julia, et un jeune routier dont j’étais amoureux. Ce film a été projeté au cinéma le Seine, à Saint-Germain. Très transgressif dans son propos, le film a été interdit au moins de 18 ans. Je suis ensuite parti aux Etats-Unis où jai découvert une nouvelle vision de la vie gay beaucoup plus libérée, déjà obsédée par le culte du corps. J’ai visité, New-York, San-Francisco, Los Angeles.... J’ai participé à ma première gay-pride. En rentrant à Paris, motivé à fond par cette découverte, j’ai eu très envie de tourner un film sur la vie des homosexuels à Paris, afin de normaliser les choses, et de mettre en lumière ce qui était dans l’ombre.

    HD En effet, il faut se remettre dans le contexte de l’époque, où il n’y avait eu aucun film traitant de l’homosexualité en France. C’était donc un véritabe défi de réaliser Johan. D’ailleurs, Johan était-il un personnage réel ?

    Absolument, je l’ai croisé dans un restaurant. Il était magnifique, habillé de cuir, en militaire, avec du strass, très "mauvais garçon", mais très sensuel au lit. Je lui ai proposé de faire un film sur lui, et sur notre relation . Il a accepté, mais dans sa folie des grandeurs, il a exigé des décors somptueux... Evidemment, je n’avais pas de budget. Par contre, j’avais rencontré un chef-opérateur, François About, gay lui aussi, prêt à me suivre dans l’aventure. Entre temps, Johan a été arrêté et mis en prison, à la Santé. C’était l’été... J’ai pris la décision de faire mon film sur Johan, sans Johan. Le tournage a donc démarré sans vrai scénario. avec une équipe technique réduite mais efficace, des assistants "amis" et des "acteurs" non professionnels, castés sur les quais ou ailleurs. Au-delà du personnage de Johan, à moitié fantasmé, notamment son expérience dans la légion, on découvre la vie "gay" des années 70, en mêlant fiction et reportages comme cette drague aux Tuileries. Il y avait aussi beaucoup de scènes de sexe "hard", qui ont été coupées pour éviter le visa de censure. Ma voix "off" raconte l’histoire de cette liaison peu ordinaire.

    HD Etais-tu conscient, en tournant, que tu faisait à la fois ton coming out, et que tu réalisais un film "historique", témoignage des années 70 et premier film montrant frontalement l’homosexualité ?

    J’étais inconscient, fougueux et très amoureux. J’ai tourné sans véritable fil conducteur, si ce n’est cette quête de la véritable histoire de Johan, avec les moyens du bord... Mes amis assistants étaient très fiers d’être sur un tournage. En ce qui concerne le coming-out que vous évoquez, il faut se remettre dans le contexte des années 70 où les médias étaient très peu nombreux Ce film devait rester dans un circuit "underground", donc, je me suis surtout laissé porter par mon enthousiasme et mon opiniâtreté... et j’ai fini ce film, alors que Johan était toujours en prison ! Il a été distribué dans quatre salle à Paris et une à Marseille. Il n’a pas vraiment eu de succès car, comble de malchance, il y a eu à ce moment-là une canicule insupportable à Paris. Et à l’époque, les cinés n’étaient pas climatisés. Par contre, je suis fier d’avoir été sélectionné par le Festival de Cannes, où le film a été très bien accueilli !

    HD Il y a des scènes emblématiques sur les pissotières, les fameuses "tasses", qui sont de véritables documents d’archives ?

    Oui, mais sur le moment, je filmais ce qui faisait mon quotidien, ce que je voyais et ce qui constituait notre vie marginale..

    HD Pourquoi cette association entre les images tournées en noir et blanc qui traduisent le quotidien et ces passages oniriques en couleurs, qui font la singularité de ce film ?

    J’avais quelques rouleaux de pellicules couleurs que j’ai utilisés effectivement pour certaines scènes, mais la distinction n’est pas aussi marquée. C’est avant tout un problème de moyens !

    HD J’ai la sensation que, plus qu’un film sur Johan, c’est un film qui parle de vous et de vos rencontres. De l’auto-fiction avant l’heure ?

    Peut-être, mais je n’en ai pas été conscient. Il y a eu beaucoup d’improvisation, de scènes inventées... En tout cas, Johan est le catalyseur de ce film. D’ailleurs, vous avez constaté que Johan est interprété par plusieurs comédiens, qui ne sont jamais aussi beaux que le vrai ! On pénètre un peu dans la propre vie de ces garçons. Et pour finir, c’est moi qui interprète Johan, et j’émets l’hypothèse qu’il est peut-être mon double !

    HD Les scènes hard ont été rajoutées dans ce DVD : le film est donc livré dans son intégralité.

    Oui ! Pour la petite histoire, juste avant d’éditer le DVD, le CNC a retrouvé au fond d’un tiroir une bobine contenant les scènes coupées il y a 30 ans afin d’éviter la censure... Je les ai donc rajoutées dans le DVD. Formidable, non ?

    Par Hugues Demeusy

    Sources : La Lucarne

    Bande-annonce

     


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